Lex Libris

blog sur la musique, les livres, le droit public, essentiellement

Avr 16

Avr 15

Alors que dans toutes les grandes régions du monde les nations arment leurs Etats, la France désarme le sien. La Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon ou même la Turquie et l’Iran poursuivent l’adaptation tactique de leur puissance publique, tant civile que militaire, au nouveau monde multipolaire, rude et réaliste qui est en train de naître. La France brade son Etat.

Elle est prise aussi dans l’étau d’une construction européenne qui elle-même refuse structurellement le rôle des Etats. Sous les coups de boutoir d’une Commission européenne qui a réussi le coup d’Etat institutionnel d’une mise sous tutelle de la politique budgétaire des Etats, la construction européenne favorise elle-même une régionalisation du pouvoir. L’Europe veut des collectivités territoriales nombreuses refaisant par le bas le pacte européen que les Etats empêcheraient par le haut. Cette Europe anti-étatique a elle-même engendré une France anti-étatique.

Nos gouvernants croient toujours à la mondialisation jointe à la vertu de la réciprocité. Nous pourrions abandonner la force de notre Etat puisque les autres le feraient également. L’erreur historique est une erreur de diagnostic. Nous vivons dans un monde sans réciprocité. La France et toutes les nations européennes doivent urgemment en prendre conscience : les Etats sont la seule réplique aux Etats dans le nouveau rapport de forces mondial.

Michel Guénaire (avocat) in Le Monde extrait de l’article “ce n’est pas à l’Etat de faire des économies



Le Claridge Hotel
Les Champs Elysées
Paris 1948
Willy Ronis

Le Claridge Hotel

Les Champs Elysées

Paris 1948

Willy Ronis

(via netlex)


Avr 14

Pourquoi le mythe de la conspiration connaît-il de nos jours une si grande faveur ? Sans doute nos sociétés démocratiques pâtissent-elles de n’avoir plus d’ennemi visible. La fin de la guerre froide et l’effondrement de l’URSS ont pu donner l’illusion de l’avènement d’un monde enfin pacifié ; mais les hommes peuvent-ils si facilement se passer d’ennemis, de cibles qui concentrent leur ressentiment et leur haine ?

Or le schème du complot permet précisément de s’inventer un ennemi invisible, un ennemi imaginaire d’autant plus malfaisant qu’il demeure caché. Ce schème réussit ainsi à capter des affects – souvent légitimes – d’indignation, de colère, de révolte contre l’injustice, en les orientant vers un « autre » menaçant qu’il s’agit de démasquer, d’expulser, voire d’anéantir.

Il n’est pas indifférent que cette obsession du complot soit le plus souvent portée par la rumeur. Depuis toujours, la rumeur est l’arme des faibles, des humiliés, des invisibles, de tous ceux qui ne peuvent intervenir directement dans les circuits dominants d’information et de communication.

Mais les récentes résurgences du mythe du complot s’enracinent plus profondément encore dans la relation des sociétés modernes au pouvoir souverain. Depuis la Révolution française, la dynamique de la démocratie a profondément transformé nos représentations du pouvoir ; de même qu’elle continue de déstabiliser les identités et les places attribuées traditionnellement au statut social, aux classes, aux sexes ou aux « genres » en suscitant ainsi des crispations réactives, une défense angoissée des identités qui paraissent menacées.

Dans une société démocratique qui fait constamment l’épreuve de sa division, il peut sembler que le pouvoir légal se réduise à une simple apparence, un simulacre inconsistant qui dissimule la réalité du véritable pouvoir. Et notamment lorsqu’un chef de l’Etat affiche sa « normalité » et paraît incapable d’imposer son autorité…

L’ancienne représentation monarchique d’un souverain tout-puissant et au-dessus des lois persiste en effet dans les sociétés modernes, mais sous la forme fantasmatique d’une conspiration qui tire les ficelles dans la coulisse et manipule les masses. Surprenant paradoxe : plus les moyens de communication se développent, plus l’exigence de transparence s’accroît et plus se renforce cette croyance en une irréductible opacité du pouvoir, une zone d’ombre où se trameraient les pires machinations. En déniant les divisions et les conflits qui traversent les sociétés démocratiques, le mythe du complot impose la vision illusoire d’un « système » absolument homogène où les partis de droite et de gauche, les médias, les syndicats et les intellectuels conspirent tous ensemble au service d’un unique lobby occulte.

Dans un pays profondément morcelé comme l’était l’Allemagne de l’époque, où l’autorité centrale était quasiment inexistante, des persécutions massives de prétendues « sorcières » ont eu lieu dans de nombreuses régions au cours des XVIe et XVIIe siècles.

[…]

En revanche, à l’exception de quelques cas isolés dans des provinces éloignées, la France n’a pas connu de chasse aux sorcières, sans doute parce que, à la fin des guerres de religion, l’autorité politique de l’Etat avait été rétablie sans en passer par cette terreur de masse que Bodin appelait de ses vœux ; mais aussi parce que les magistrats du Parlement de Paris avaient choisi d’annuler en appel la plupart des condamnations à mort pour sorcellerie prononcées par des juridictions subalternes. Et ils n’avaient décidé de le faire que parce que des penseurs, des médecins, des prêtres avaient, souvent au péril de leur vie, dénoncé les procédés des chasseurs de sorcières et les croyances qui justifiaient la persécution.

Aujourd’hui encore, le recours à la loi demeure le plus sûr rempart contre les semeurs de haine ; à condition toutefois qu’il s’accompagne d’une réflexion approfondie sur les facteurs qui engendrent cette haine et d’une intense mobilisation citoyenne. En période de crise, les défaillances de la démocratie et de l’Etat de droit peuvent avoir des effets dévastateurs. Seule la reconstruction d’une nouvelle civilité démocratique permettra de conjurer le retour des vieilles hantises.

Jacob Rogozinski (Professeur de philosophie à la faculté de Strasbourg) - Le Monde extrait de l’article “contre la théorie du complot

Avr 13
“Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre” Pascal

Sète

Sète


Avr 12
“Au début de chaque cours, je m’applique à sensibiliser (mes étudiants) au fait que toute mémoire collective est toujours, dans une certaine mesure, le produit d’une construction culturelle porteuse, dans la plupart des cas, des préoccupations et des courants d’opinion du présent. Je veille notamment à souligner que, s’agissant de l’histoire des nations, le présent découle du passé, mais il façonne aussi assez librement ce dernier ; et ce passé recréé comporte toujours d’immenses zones d’oubli.
Je vis au sein d’une nation et sur un territoire qui, tous deux, expriment de façon évidente des constructions mémorielles élaborées à partir d’un champ situé quatre mille ans en arrière. La mémoire juive, revisitée et reconstituée, est devenue le souffle du mouvement sioniste et la principale légitimation de son entreprise de colonisation. Là se trouve, entre autres, l’origine de la mentalité politique israélienne selon laquelle “le temps court” palestinien ne saurait peser du même poids que “le temps long” juif : que signifie un exil de soixante ou soixante dix ans face à un exil de deux mille ans ? Peut-on comparer la nostalgie de simples paysans et de leurs descendants avec l’aspiration et l’espérance juives éternelles du retour ? Que vaut la propriété revendiquée par des réfugiés sans foyer, au regard de la promesse, divine, même si Dieu n’existe pas vraiment ?
[….]
Dans mes pérégrinations culturelles et de recherche, j’ai appris un certain nombre de choses, dont une me paraît particulièrement importante : le souvenir et la connaissance des victimes que nous avons causées permettent davantage la réconciliation entre les humains et une vie guidée par des valeurs que le fait de ressasser en permanence que nous sommes les descendants d’autres victimes du passé. La mémoire généreuse et courageuse, même emprunte d’une pincée d’hypocrisie, constitue une condition décisive de toute civilisation éclairée. De plus, combien de temps nous faudra-t-il encore pour comprendre que la victime ne pardonnera jamais à celui qui l’a persécutée tant que ce dernier ne sera pas prêt à reconnaître l’injustice commise et refusera de le dédommager ?”

Avr 11
“Jan Prochazka, grande personnalité du Printemps de Prague, est devenu, après l’invasion russe en 1968, un homme sous haute surveillance. Il fréquentait alors souvent un autre grand opposant, le professeur Vaclav Cerny, avec lequel il aimait boire et causer. Toutes leurs conversations étaient secrètement enregistrées et je soupçonne les deux amis de l’avoir su et de s’en être fichu. Mais un jour, en 1970 ou 1971, voulant discréditer Prochazka, la police a diffusé ces conversations en feuilleton à la radio. De la part de la police, c’était un acte audacieux et sans précédent. Et, fait surprenant : elle a failli réussir ; sur le coup, Prochazka fut discrédité : car, dans l’intimité, on dit n’importe quoi, on parle mal des amis, on dit des gros mots, on n’est pas sérieux, on raconte des plaisanteries de mauvais goût, on se répète, on amuse son interlocuteur en le choquant par des énormités, on a des idées hérétiques qu’on n’avoue pas publiquement, etc. Bien sûr, nous agissons tous comme Prochazka, dans l’intimité nous calomnions nos amis, disons des gros mots ; agir autrement en privé qu’en public est l’expérience la plus évidente de tout un chacun, le fondement sur lequel repose la vie de l’individu ; curieusement, cette évidence reste comme inconsciente, non avouée, occultée sans cesse par les rêves lyriques sur la transparente maison de verre, elle est rarement comprise comme la valeur des valeurs qu’il faut défendre. Ce n’est donc que progressivement (mais avec une rage d’autant plus grande) que les gens se sont rendu compte que le vrai scandale, ce n’étaient pas les mots osés de Prochazka, mais le viol de sa vie ; ils se sont rendu compte (comme par un choc) que le privé et le public sont deux mondes différents par essence et que le respect de cette différence est la condition sine qua non pour qu’un homme puisse vivre en homme libre ; que le rideau qui sépare ces deux mondes est intouchable et que les arracheurs de rideaux sont des criminels. »” Milan Kundera - Les testaments trahis- Cité par Alain Finkielkraut in Causeur


by Su Abeille

Arbres

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(via suicideblonde)


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