Lex Libris

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Billets comportant le tag France

Déc 12
“L’Angleterre a pour maxime d’Etat de ne se mêler que de ses affaires, la France a pour maxime d’Etat de se mêler de tout” Jean-Rousseau, fragments politiques XV, De la noblesse, Pléiade, Oeuvres complètes, tome III, 1964, p 553, cité par Commentaire n135 p 686

Juil 18
“Bien que je fusse sur le point de lui dire que Miralles [n’avait pas fait une guerre] mais plusieurs, je ne pus car à ce moment-là je vis Miralles marcher à travers le désert de Libye vers l’oasis de Murzuch, jeune, déguenillé, poussiéreux et anonyme, brandissant un drapeau tricolore d’un pays qui n’est pas le sien, d’un pays qui est tous les pays à la fois et aussi celui de la liberté et qui n’existe que parce que lui et quatre maures et un noir ne cessent de la brandir, tout en continuant à marcher de l’avant, de l’avant, toujours de l’avant.
Place de la Libération, je pensais inévitablement à Miralles quand il rentra dans Paris par la porte de Gentilly, la nuit du 24 août 1944, avec les premières troupes alliées, à bord de son char qui aurait pu s’appeler Guadalajara ou Saragosse ou Belchite.
je me dis : “il n’y a pas une seule personne parmi ces gens qui connaisse ce vieux à moitié borgne et arrivé au terme de sa vie, qui fume en cachette et qui à ce moment précis est en train de manger sans sel à quelques kilomètres d’ici ; pourtant, il n’en est pas une seule qui n’ait pas une dette envers lui…Personne ne se souviendra de lui quand il sera mort”. je revis Miralles marchant avec le drapeau de la France libre à travers l’infini sable ardent de la Libye, marchant vers l’oasis de Murzuch, alors qu’au même moment, sur cette place de France et sur toutes les places d’Europe, les gens vaquaient à leurs occupations sans savoir que leur destin et celui de la civilisation qu’ils avaient renié dépendaient de ce que Miralles continuât à marcher de l’avant, toujours de l’avant. je me souvins alors de Sanchez Mazas et de Jose Antonio et me rendis compte qu’ils qu’ils n’avaient peut être pas tort, et qu’au dernier moment c’est toujours un peloton de soldats qui sauve la civilisation. je me dis “ce que ni Jose Antonio ni Sanchez Mazas ne pouvaient imaginer, c’est que ni eux, ni aucun de leurs semblables ne pourraient jamais faire partie de ce peloton de la dernière chance, contrairement aux quatre Maures, au Noir et au tourneur catalan qui lui se trouvait là par hasard ou par mauvaise fortune ; et que ce dernier serait mort de rire si quelqu’un lui avait dit alors qu’il était en train de nous sauver tous en ces temps obscurs, et peut être précisément pour cette raison, parce qu’il n’imaginait pas que la civilisation dépendait alors de lui, il allait la sauver, et nous avec, sans savoir qu’il obtiendrait en guise de récompense une chambre anonyme de résidences pour pauvres dans une ville éminemment triste d’un pays qui n’était pas le sien, et où, mis à part peut être une religieuse souriante et élancée qui ignorait qu’il avait fait la guerre, personne ne le regretterait.”
Les soldats de salamine, Javier Cercas

Juil 9

« Les législateurs des Etats-Unis qui ont adouci presque toutes les dispositions du code pénal, punissent de mort le viol. Et il n’est point de crime que l’opinion publique poursuive avec une ardeur plus inexorable. Cela s’explique : comme les Américains ne conçoivent rien de plus précieux que l’honneur de la femme, et rien de plus respectable que son indépendance, ils estiment qu’il n’y a pas de châtiment trop sévère pour ceux qui les lui enlèvent malgré elle.

En France, où le même crime est frappé de peines beaucoup plus douces, il est souvent difficile de trouver un jury qui condamne. Serait-ce mépris de la pudeur, ou mépris de la femme ? Je ne puis m’empêcher de penser que c’est l’un et l’autre…. »

Alexis de Tocqueville-De la démocratie en Amérique- Cité par Roland Jaccard-Le Causeur