Lex Libris

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Billets comportant le tag citation

Avr 30
“On n’élabore pas un projet politique en partant de la sociologie supposée d’un électorat : la politique, au contraire, consiste ou devrait consister à construire un électorat à partir d’un projet” Laurent Bouvet Le Causeur

Fév 11
“ Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas “, a déclaré le ministre de l’intérieur. Qu’est-ce que le relativisme ? En fait, aussi curieux qu’il y paraisse, Monsieur Guéant est relativiste. Le relativisme ne consiste pas à croire que tout se vaut ni à s’abriter derrière l’argument culturaliste du respect de la différence des coutumes (comme l’ont fait systématiquement les instances internationales pour ce qui est du droit des femmes…), mais à poser en pétition de principe que toutes les cultures sont des blocs autonomes, irréductibles les uns aux autres, si radicalement différents qu’ils ne peuvent pas être comparés entre eux, d’autant qu’une hiérarchie implicite affirme que le bloc auquel on appartient est supérieur en tous points aux autres. C’est ce qu’il fait. Est-il illégitime de préférer des cultures, ou plus exactement l’état momentané ou l’instant ” T ” de certaines cultures qui accordent plus de droits aux femmes que d’autres ? Non, bien sûr. Mais on oublie, en parant notre ” civilisation/culture ” de toutes les vertus que la domination masculine qui découle de ce que j’ai appelé la valence différentielle des sexes, est universellement partagée. Forgée au cours de la préhistoire, l’idée que les femmes doivent faire des enfants, et surtout des fils pour perpétuer l’espèce, persiste. Les femmes sont cantonnées à leur fonction reproductrice et domestique. La hiérarchie entre les sexes est au fondement de toute hiérarchie. Et ce n’est pas un hasard si parmi les premières mesures que les islamistes ont prises après leurs victoires issues du printemps arabe concernaient la restriction des droits des femmes. Mais on ne devrait pas oublier que l’inégalité homme-femme est si structurante et qu’elle encore tenace en Occident. Elle ne revêt pas les mêmes oripeaux. Elle est moins visible, moins brutale. On notera avec intérêt que Monsieur Guéant parle de ” la ” femme, c’est-à-dire d’une essence idéalisée, et non pas des femmes, qui sont des individus concrets, à part entière. Nous sommes seulement sur la voie de l’égalité et nous l’empruntons de manière hésitante. Sortir de l’engrenage de la valence différentielle des sexes n’a pas été jusqu’ici une priorité politique, encore moins ” la ” priorité absolue qu’elle devrait être. La quasi-impossibilité masculine d’accepter de partager le pouvoir sous toutes ses formes, la virulence ou la condescendance des comportements et attitudes envers les femmes, leur cantonnement dans les travaux les plus faiblement rétribués et les moins appréciés, j’en passe, sont la norme non seulement des autres sociétés, mais bien de la nôtre. Or il me semble que, devant cet ordre universel, qui est le modèle de tous les systèmes historiques de domination, qui commence à céder du terrain depuis un demi-siècle seulement en Occident, nous devons postuler que ce chemin difficilement parcouru sera progressivement emprunté par les autres sociétés (cultures) à leur tour. Monsieur Guéant a voulu prendre cet exemple pour susciter une approbation générale. Il ne se doutait pas néanmoins qu’il lui aurait été extrêmement difficile de trouver un autre exemple de portée aussi universelle que celui-là, parce que c’est celui sur lequel ont été fondées les sociétés c’est-à-dire par l’échange et le contrôle des femmes. Il a pris en quelque sorte à rebours appui sur le seul trait universel (avec la prohibition de l’inceste) de toute l’humanité pour rejeter un relativisme de pensée, dont lui-même fait preuve.” Françoise Héritier : “M. Guéant est relativiste” - LeMonde.fr

Fév 1
“Théorie de Gottfried Leibniz caricaturée par Voltaire à travers Pangloss et son disciple Candide, l’optimisme ne consiste pas à croire que tout ce qui est réel est idéal ni que tout va aller de mieux en mieux, mais à estimer que le rapport entre les bons et les mauvais côtés du monde créé par un Dieu calculateur est optimum, qu’il est le meilleur rapport possible : en ce sens, il s’oppose à l’idéalisme. Dans cette perspective, la version optimiste − et non idéaliste − de la démocratie à laquelle je me rallie a été exposée le 11 novembre 1947 par Winston Churchill, en opposition au nazisme et au communisme. Je la restitue intégralement et en version originale, à charge pour le lecteur de mettre l’accent à sa convenance. « Democracy is the worst form of government except all those other forms that have been tried from time to time. » On a souvent réduit cette formule à une sommaire vulgate justifiant la démocratie libérale par le fait que les autres régimes étaient encore pires. Je crois au contraire qu’elle dit avec humour et panache que la démocratie représentative est ce qu’on peut faire de mieux en la matière, précisément parce qu’elle est structurellement et définitivement imparfaite et frustrante.” Essayez donc de trouver mieux… | Causeur

Jan 2

Se découvrir le fils d’un bourreau est pire que d’avoir été soi-même bourreau. Le bourreau à ses justifications, il peut s’amender, il peut tout. Mais le fils que peut-il sinon compter les crimes de son père et traîner le boulet toute sa vie durant ? J’en veux à mon père, j’en veux à ce pays, à ce système qui l’a fait ainsi, j’en veux à l’humanité, j’en veux à la tête entière…Hans Schiller, tu es une crapule, le pire des assassins, je te vomis, je te hais, je veux que ton nom disparaisse, je veux que tu rôtisses en enfer jusqu’à la fin des temps et que ceux que tu as gazés viennent te cracher au visage ! Tu n’avais pas le droit de vivre, tu n’avais pas le droit de nous donner la vie, cette vie je n’en veux pas, elle est un cauchemar, une honte indélébile. Tu n’avais pas le droit de fuir, papa. Je dois assumer à ta place, je vais payer pour toi papa. Hans Schiller, sois maudit

Le village de l’Allemand, Boualem Sansal p 243-244


Jan 1
“Il y a le management, comme on dit aujourd’hui pour dire que c’est plus compliqué que la gestion, avec ce qui le caractérise, des critères de performances hors de raison mais posés en religion.” Boualem Sansal, le village de l’Allemand p 154 à propos des camps de la mort

Déc 19
“Dès l’instant où le temps a commencé…il a progressé vers l’avant sans le moindre repos. Et ceux qui ont échappé à une mort précoce ont reçu comme privilège la bénédiction de vieillir. Demeure en attente la déchéance physique dans toute sa gloire. On doit s’habituer à accepter cette fatalité.
Courir contre le temps n’est pas l’important. Pour moi maintenant voilà ce qui est devenu beaucoup plus significatif : quel plaisir je prendrai avec quelle satisfaction j’arriverai au bout des quarante deux kilomètres de courses. Les choses auxquelles je goûte, celles qui ont de la valeur, ne s’expriment pas en chiffres. Je cherche à tâtons une fierté d’une espèce légèrement différente.”
Haruki Murakami

“Le Droit à la paresse de Paul Lafargue n’est pas le best-seller des fainéants, c’est la première réflexion sur les limites de la valeur travail. Marx, tout obsédé par l’émancipation des prolétaires en oubliait que cette émancipation ne pouvait pas s’accomplir uniquement par le travail. Que la vie était faite pour être vécue. Que les gains de productivité pouvaient aussi être redistribués sous forme de temps libre. Qu’il y avait une malédiction dans le conditionnement de ce qu’on appelait encore les masses laborieuses : « Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite les misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture ».” A demain, monsieur Lafargue ! | Causeur

Déc 18

Pourquoi parler ainsi? Parce qu’il ne serait pas raisonnable de considérer le triste héritage des dernières quarante années comme quelque chose d’étranger, légué par un parent lointain. Nous devons au contraire accepter cet héritage comme quelque chose que nous avons nous-mêmes commis contre nous. Si nous le prenons ainsi, nous comprendrons qu’il dépend de nous tous d’en faire quelque chose. Nous ne pouvons pas faire porter la responsabilité de tout cela sur les gouvernants précédents, non seulement parce que cela ne répondrait pas à la vérité, mais encore parce que cela affaiblirait le devoir qui se pose aujourd’hui à chacun de nous, le devoir d’agir indépendamment, librement, raisonnablement et vite.

Détrompons-nous, le meilleur gouvernement, le meilleur parlement et le meilleur président ne peuvent pas à eux seuls faire grand chose. Et ce serait très injuste d’attendre la solution d’eux seulement. La liberté et la démocratie, cela signifie la participation et la responsabilité de tous.

Si nous nous en rendons compte, toutes les horreurs dont hérite la nouvelle démocratie tchécoslovaque ne nous sembleront pas aussi épouvantables. Si nous nous en rendons compte, l’espoir reviendra dans nos cœurs.

Vaclav Havel- François Bonnet- Médiapart- Je parle de nous.

Déc 12
“Dire je t’aime au lieu de dire je te désire, c’est se proposer une tâche infinie” Gilles Deleuze, cité dans Philosophie Magazine, avril 2011p 43

“L’Angleterre a pour maxime d’Etat de ne se mêler que de ses affaires, la France a pour maxime d’Etat de se mêler de tout” Jean-Rousseau, fragments politiques XV, De la noblesse, Pléiade, Oeuvres complètes, tome III, 1964, p 553, cité par Commentaire n135 p 686

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