Lex Libris

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Billets comportant le tag culture

Fév 11
“ Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas “, a déclaré le ministre de l’intérieur. Qu’est-ce que le relativisme ? En fait, aussi curieux qu’il y paraisse, Monsieur Guéant est relativiste. Le relativisme ne consiste pas à croire que tout se vaut ni à s’abriter derrière l’argument culturaliste du respect de la différence des coutumes (comme l’ont fait systématiquement les instances internationales pour ce qui est du droit des femmes…), mais à poser en pétition de principe que toutes les cultures sont des blocs autonomes, irréductibles les uns aux autres, si radicalement différents qu’ils ne peuvent pas être comparés entre eux, d’autant qu’une hiérarchie implicite affirme que le bloc auquel on appartient est supérieur en tous points aux autres. C’est ce qu’il fait. Est-il illégitime de préférer des cultures, ou plus exactement l’état momentané ou l’instant ” T ” de certaines cultures qui accordent plus de droits aux femmes que d’autres ? Non, bien sûr. Mais on oublie, en parant notre ” civilisation/culture ” de toutes les vertus que la domination masculine qui découle de ce que j’ai appelé la valence différentielle des sexes, est universellement partagée. Forgée au cours de la préhistoire, l’idée que les femmes doivent faire des enfants, et surtout des fils pour perpétuer l’espèce, persiste. Les femmes sont cantonnées à leur fonction reproductrice et domestique. La hiérarchie entre les sexes est au fondement de toute hiérarchie. Et ce n’est pas un hasard si parmi les premières mesures que les islamistes ont prises après leurs victoires issues du printemps arabe concernaient la restriction des droits des femmes. Mais on ne devrait pas oublier que l’inégalité homme-femme est si structurante et qu’elle encore tenace en Occident. Elle ne revêt pas les mêmes oripeaux. Elle est moins visible, moins brutale. On notera avec intérêt que Monsieur Guéant parle de ” la ” femme, c’est-à-dire d’une essence idéalisée, et non pas des femmes, qui sont des individus concrets, à part entière. Nous sommes seulement sur la voie de l’égalité et nous l’empruntons de manière hésitante. Sortir de l’engrenage de la valence différentielle des sexes n’a pas été jusqu’ici une priorité politique, encore moins ” la ” priorité absolue qu’elle devrait être. La quasi-impossibilité masculine d’accepter de partager le pouvoir sous toutes ses formes, la virulence ou la condescendance des comportements et attitudes envers les femmes, leur cantonnement dans les travaux les plus faiblement rétribués et les moins appréciés, j’en passe, sont la norme non seulement des autres sociétés, mais bien de la nôtre. Or il me semble que, devant cet ordre universel, qui est le modèle de tous les systèmes historiques de domination, qui commence à céder du terrain depuis un demi-siècle seulement en Occident, nous devons postuler que ce chemin difficilement parcouru sera progressivement emprunté par les autres sociétés (cultures) à leur tour. Monsieur Guéant a voulu prendre cet exemple pour susciter une approbation générale. Il ne se doutait pas néanmoins qu’il lui aurait été extrêmement difficile de trouver un autre exemple de portée aussi universelle que celui-là, parce que c’est celui sur lequel ont été fondées les sociétés c’est-à-dire par l’échange et le contrôle des femmes. Il a pris en quelque sorte à rebours appui sur le seul trait universel (avec la prohibition de l’inceste) de toute l’humanité pour rejeter un relativisme de pensée, dont lui-même fait preuve.” Françoise Héritier : “M. Guéant est relativiste” - LeMonde.fr

Nov 26
“La population grecque actuelle est composée dans sa grande majorité de descendants de Rums (sujets ottomans de culte chrétiens orthodoxe). Avant le milieux du XIXème siècle, l’identité religieuse était la principale référence identitaire de ceux dont les descendants sont les Grecs d’aujourd’hui. Ils n’étaient pas tous hellénophones : beaucoup étaient albanophones, turcophones, valaquophones ou slavophones. Seule une petite partie vivait dans l’actuel territoire grec, la plupart d’entre eux étant dispersés dans les Balkans, sur les pourtours de la mer Noire, en Asie Mineure et en Egypte. En ce sens, la Grèce a fonctionné comme un “creuset” de populations, ce qui la rend beaucoup plus comparable à Israël qu’à la France.
Derrière l’apparente homogénéité “ethnique”, se dessine donc une diversité d’origines de cultures, de réalités anthropologiques, qui constitue un grand atout de résilience et d’ouverture pour la société grecque. […]
Malgré l’existence d’une élite cosmopolite fortement occidentalisée, la population grecque est culturellement, dans sa grande majorité, orientale. Indépendamment des crispations nationalistes, le grec moyen est beaucoup plus à l’aise avec un turc, un libanais ou un juif sépharade qu’avec un Anglais ou un Allemand.”
Grèce : les raisons historiques de la faillite- Georges Prévélakis Esprit Novembre 2011

Sep 16
“La culture, qu’on reproche à certains chercheurs en sciences sociales de minorer ou de nier, n’est pas seulement un héritage du passé, mais un élément qui se, qu’on se construit. La culture est en effet la somme d’actes d’identification accomplis par un individu au cours de son existence, somme dont on ne peut rendre compte qu’après sa disparition. On ne devient pas ce que l’on est, on est ce que l’on devient.”

Jean-Loup Amselle, anthropologue, professeur à l’EHESS ” La société française piégée par la guerre des identités” Le Monde, 16/09/11


mai 6
“Le musée est devenu le lieu du divertissement et du loisir qui permet de distraire le visiteur de l’ennui, tout en le maintenant dans l’asile de l’ignorance. Un tableau ne se réduit pas à un amas disparate de couleurs et de formes. Il est une réalité complexe dont on ne peut savourer l’enchantement et apprécier le sens que si l’on possède certaines clés. Comment voulez-vous que les œuvres d’art soient comprises quand il n’y a pas d’enseignement de l’histoire de l’art ? Et quand on ajoute que les collections des musées sont composées, pour plus de la moitié, d’œuvres à caractère religieux, on imagine aisément l’étendue du désastre dans un pays où la laïcité a été interprétée comme la nécessité de faire disparaître la religion non seulement du présent mais aussi du passé. À partir du moment où on ne comprend plus rien ni à l’art, ni à la religion, notre patrimoine artistique est un continent indéchiffrable. Or, je le répète, pour aimer l’art, il faut y comprendre quelque chose.” La nuit des musées ! | Causeur