Lex Libris

blog sur la musique, les livres, le droit public, essentiellement

Billets comportant le tag littérature

Nov 20
“- Vérité et mensonge sont des choses trop relatives, et dans ce que nous avons entrepris toi et moi, il n’y a pas de frontière entre l’une et l’autre l’autre. Ceci est une guerre de l’ombre et tout ce qui compte, c’est d’obéir aux ordres. cela revient au même si, pour parvenir au moment décisif, nous avons gravi une montagne de mensonges ou de vérités.
- C’est du cynisme
- Peut être…Tu veux une vérité ? je t’en rappelle une : la vérité c’est que le Canard constitue en ce moment même une menace pour l’Union soviétique. Au jour d’aujourd’hui, qui n’est pas avec Staline est avec Hitler et il n’y a pas de demi mesure. Qu’importe quelques mensonges, si c’est pour sauver une grande vérité ?”
Léonardo Padura, L’Homme qui aimait les chiens p 552

Sep 2
“Lors d’une première rencontre, elle ne donnait à voir qu’une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d’une banalité promise à l’oubli. Pourtant, parce qu’un jour j’ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter, intrigante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable, m’ayant pour l’éternité accroché dans les filets de la séduction.
Certaines femmes sont des trappes où l’on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut en sortir”
Eric-Emmanuel Schmitt- La rêveuse d’Ostende

Juil 23
“Dostoïevski qui a grandi dans une société archaïque qui pratique le servage, dans un univers où se mêlent superstitions rurales et ferveur religieuse, se trouve confronté à l’arrivée des idées occidentales, et plus particulièrement françaises. La religion et l’autorité politique perdent du terrain face au « progrès », au libéralisme et à l’individualisme européens. Aujourd’hui, à l’inverse, après des décennies de « progrès » scientifique et de libéralisme économique, l’histoire se retourne sur elle même et on assiste à un retour du religieux et à un renforcement du contrôle étatique sur les individus (à travers les lois anti-terroristes, le biométrie…). On retrouve donc chez Dostoïevski les problématiques post-modernes telles que la remise en question du progrès, la crise de l’identité occidentale, les mutations du religieux et l’individualisme.” Relire Dostoievski

mai 14
“« cette mystérieuse tranquillité qu’aiment les femmes et dans laquelle elles se réfugient volontiers après les tourments de l’amour, ou pour les éviter ». C’est « comme si les femmes, qui dans le jeu de l’amour sont éminemment maîtresses de dire oui ou non à ceux qui les convoitent, tombaient à certains moments de leur vie dans un  » non  » profond, irrécusable, et qui en quelque sorte ne dépendrait pas complètement de leur volonté ou de leurs intentions ».” Pierre Pachet Sans amour Le Causeur

Avr 25
“Parfois la forme sauve. Quand le désordre menace, seules les apparences nous empêchent de nous abimer dans le chaos ; elles sont fortes les apparences, elles se tiennent, elles nous retiennent.” Eric-Emmanuel Schmitt Concerto à la mémoire d’un ange, un amour à l’Elysee

Avr 20
“Tout le monde se plaint de sa mémoire, personne ne se plaint de son jugement” La Rochefoucauld

Fév 26
“Alors que j’étais là, avec le soleil sur mes épaules et tout le Jiangsu étalé sous mes yeux, j’ai ressenti uen soudaine bouffée de colère, une soudaine détermination à faire en sorte que survive la Chine au sein de laquelle j’avais grandi. Que toutes les ineptes cérémonies superstitieuses comme la Fête de la Rosée Blanche et la Fête des Graines et Pluies se perpétuent, que des canards soient toujours menés à travers champs au crépuscule, que, chaque été, les feuilles de lotus réapparaissent, tellement épaisses qu’on continuerait de croire qu’il était possible de traverser les étangs en marchant dessus. Que le peuple chinois continue d’exister-que le cœur de mon enfant reste à jamais chinois. Debout sur la montagne, face aux premiers rayons de l’aube, saisi d’une bouffée d’orgueil et de furie, j’ai levé une main vers le ciel et j’ai mis au défi les esprits maléfiques de venir prendre mon fils. Mon fils, qui se battrait comme un tigre pour protéger son pays. Mon fils, qui serait plus fort que je ne l’avais jamais été.
-Je te défie, ai-je murmuré au ciel. Oui, je te défie.”
Mo Hayder Tokyo

Fév 17
Dernières acquisitions, programme enthousiasmant

Dernières acquisitions, programme enthousiasmant


Avr 20

Toute leur vie était dirigée non par les lois, statuts ou règles, mais selon leur bon vouloir et libre-arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire quoi que ce soit… Ainsi l’avait établi Gargantua. Toute leur règle tenait en cette clause:

FAIS CE QUE VOUDRAS,

car des gens libres, bien nés, biens instruits, vivant en honnête compagnie, ont par nature un instinct et un aiguillon qui pousse toujours vers la vertu et retire du vice; c’est ce qu’ils nommaient l’honneur. Ceux-ci, quand ils sont écrasés et asservis par une vile sujétion et contrainte, se détournent de la noble passion par laquelle ils tendaient librement à la vertu, afin de démettre et enfreindre ce joug de servitude; car nous entreprenons toujours les choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié.

Par cette liberté, ils entrèrent en une louable émulation à faire tout ce qu’ils voyaient plaire à un seul. Si l’un ou l’une disait: “Buvons”, tous buvaient. S’il disait: “Jouons”, tous jouaient. S’il disait: “Allons nous ébattre dans les champs”, tous y allaient. Si c’était pour chasser, les dames, montées sur de belles haquenées, avec leur palefroi richement harnaché, sur le poing mignonnement engantelé portaient chacune ou un épervier, ou un laneret, ou un émerillon; les hommes portaient les autres oiseaux.

Ils étaient tant noblement instruits qu’il n’y avait parmi eux personne qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d’instruments harmonieux, parler cinq à six langues et en celles-ci composer, tant en vers qu’en prose. Jamais ne furent vus chevaliers si preux, si galants, si habiles à pied et à cheval, plus verts, mieux remuant, maniant mieux toutes les armes. Jamais ne furent vues dames si élégantes, si mignonnes, moins fâcheuses, plus doctes à la main, à l’aiguille, à tous les actes féminins honnêtes et libres, qu’étaient celles-là. Pour cette raison, quand le temps était venu pour l’un des habitants de cette abbaye d’en sortir, soit à la demande de ses parents, ou pour une autre cause, il emmenait une des dames, celle qui l’aurait pris pour son dévot, et ils étaient mariés ensemble; et ils avaient si bien vécu à Thélème en dévotion et amitié, qu’ils continuaient d’autant mieux dans le mariage; aussi s’aimaient-ils à la fin de leurs jours comme au premier de leurs noces.

Gargantua, Livre LVII (1534)

http://pascalitsa.unblog.fr/tag/litterature-francaise/#

Fév 25

Les New-Yorkais ne sont pas unis par une langue commune ou par des antécédents partagés. Nous sommes tout le monde, venus de partout et, la plupart du temps, nous nous tolérons plutôt bien les uns les autres. les gens de cette ville savent qu’en cela, nous sommes uniques. Nul endroit n’approche notre diversité. Nous avons notre lot de laideur et de brutalité, et des poches de racisme cruel et imbécile, mais le fait est que, si vous n’aimez pas la trépidante bousculade d’innombrables cultures, langues et manières d’être, vous n’aurez pas envie de vivre ici. Les terroristes n’avaient rien compris. En frappant New-York, ils ont frappé le monde entier.

Aux États-Unis et dans le monde entier, 9/11est désormais un euphémisme qu’on se renvoit de droite comme de gauche dans les débats politiques avec une désinvolture et une aisance assez effrayantes. Mais il me semble que, à l’instar d’autres crimes commis contre des êtres humains partout dans le monde au nom d’idéologies ou de religions diverses, les attentats contre le World Trade Center ne peuvent être compris qu’à partir des individus, car si nous perdons de vue le particulier-la souffrance et la perte subies par un homme, une femme ou un enfant-nous risquons de perdre de vue notre commune humanité et cela, ce serait une forme de cécité, à l’égard non seulement des autres, mais aussi de nous-mêmes

Siri Hustvedt Plaidoyer pour Eros, 9/11 : le 11 septembre, ou un an après p 156, 157, 158

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